mardi 27 mai 2014

Une exposition sur le sacre des Rois de France à Reims !

Près de deux siècles après le dernier sacre d'un roi de France à Reims - Charles X, en mai 1825 -, le Centre des Monuments Nationaux, en partenariat avec le Château de Versailles, organise une grande exposition sur les sacres des Bourbons, « de Louis XIII à Charles X » au Palais du Tau !




La page de l'exposition promet la découverte d’œuvres et de documents inédits venus des collections de la BNF, du Mobilier National ou du château de Versailles. 70 œuvres doivent être exposées au public pour évoquer le souvenir des sacres, « fondement essentiel de la monarchie absolue. »

Quels enjeux pour le sacre de Charles X ?
L'événement a presque dépassé en notoriété son principal acteur. Le sacre de Charles X, en mai 1825, est peut-être le mieux connu des historiens, tant les sources contemporaines sont nombreuses dans toute la France. C'est aussi le plus récent et il bénéficie encore de nombreuses reliques, exposées en permanence à Reims - ce qui lui confère une visibilité non négligeable. En outre, il est régulièrement cité par des journalistes, vulgarisateurs (de bonne foi ou non) et quelques historiens pour caractériser l'entreprise voulue de retour à l'Ancien Régime de Charles X.

Abondamment commenté en France en 1825, source de créations artistiques de tous ordres - pour la plupart commandées -, le sacre de Charles X a été peu étudié. Jean-Paul Garnier s'est livré à une étude de son impact dans l'opinion publique (1927) et Landric Raillat, sous l'impulsion d'Alain Corbin, s'est livré à l'écriture d'une imposante monographie (Le sacre de la dernière chance, 1991), assez enthousiasmante bien qu'elle précise d'emblée une faiblesse : toutes les sources n'ont pas été dépouillées. Il faut reconnaître pourtant à l'historien les grands mérites de son ouvrage, notamment celui qui consisterait à ne pas le condamner d'avance à une entreprise réactionnaire. Raillat montre d'ailleurs bien dans sa première partie les innombrables accommodements avec la tradition, autant structurels (une presse hostile et l'obligation de s'inscrire dans une réalité politique) que conjoncturels (les funérailles de Louis XVIII avaient déjà coûtées une fortune).

L'un des nouveaux enjeux d'une évocation du sacre de Charles X est de l'évoquer au prisme des avancées historiques sur la notabilité du premier XIXe siècle qui offrent le panorama d'une France encore largement dominée par une noblesse qui tente de pérenniser un Ancien Régime revisité, drapée des ors traditionnels du pouvoir mais préoccupée à s'adapter au monde moderne, né en partie de la Révolution. Ainsi le sacre, sous des dehors fastueux et anachroniques (quoiqu'ils furent revisités pour l'occasion, notamment dans la liturgie) est aussi l'occasion pour le souverain, en représentation, de montrer l'image d'une France apaisée (on trouve des maréchaux d'empires, des artistes, des savants), pragmatique (le toucher des écrouelles qui manque de disparaître, la populaire visite du bazar) et moderne (le serment sur la charte). De quoi se pencher sérieusement sur l'idée, trop facilement admise, d'une cérémonie désuète et réactionnaire.

Qu'attendre de l'exposition ?
Un renouveau de l'image du sacre de Charles X est a espérer mais il y a fort à parier qu'il n'aura pas lieu, faute de travaux récents. Plus trivialement, une telle exposition doit être l'occasion d'admirer des collections rares ou trop peu présentées - espérons par exemple que la voiture du sacre de Charles X sera là, remisée en temps normal dans le musée (fantôme ?) des carrosses de Versailles. Il serait aussi intéressant de montrer les nombreux préparatifs du sacre de Louis XVIII - réutilisés en partie par la suite.

Et pour ne pas bouder notre plaisir de cette occasion incontournable de retourner dans la ville des sacres, il faut rappeler que le terme de majesté n'a jamais trouvé autant de sens que dans ces cérémonies grandioses, symboles d'une puissance émotionnelle réelle, dénuée de toute nostalgique surannée. Marc Bloch rappelait encore leur dimension historique majeure en 1940 : « Il est deux catégories de français qui ne comprendront jamais l'histoire de France : ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération. »

Le Palais du Tau en 2010. (coll. personnelle)


   
Où et quand ?
Du 28 mai au 2 novembre 2014.
Tous les jours (sauf le lundi) de 9h30 à 18h30.
Tarifs variables.

Palais du Tau
2, place du cardinal Luçon
51100  REIMS

Bibliographie / Internet
. Landric Raillat, Charles X ou le sacre de la dernière chance, Paris, Olivier Orban, 1991.
. Site officiel de l'exposition Sacres royaux.

samedi 24 mai 2014

Une association pour le retour de Charles X à Saint-Denis !

Charles X et sa famille exilée, les derniers Bourbons (à savoir le duc d'Angoulême, la duchesse d'Angoulême, le comte de Chambord, son épouse et sa sœur), reposent toujours aujourd'hui en Slovénie, à Nova Gorica, partie slovène de Gorizia où est mort le dernier Roi de France et de Navarre en 1836, alors ville de l'empire d'Autriche. Depuis, on parle du « Saint-Denis de l'exil » pour qualifier cette petite nécropole  provisoire devenue, avec le temps, définitive.



Je reviendrai, dans un article consacré, sur le lieu d'exil des derniers Bourbons et sur les péripéties subies par les tombeaux royaux pris, malgré eux, dans les remous géopolitiques des guerres du XXe siècle. La petite histoire rejoint ici la grande ... et il y aurait de quoi écrire un roman à suspens.

L'association, dont je suis membre fondateur (avec Nicolas Doyen et le journaliste Philippe Delorme), a pour objectif apolitique de faire revenir les restes de Charles X dans la nécropole des rois de France, la basilique Saint-Denis, là où reposent ses frères et ses ancêtres. Cette idée n'est pas nouvelle - elle a même presque 180 ans - et avait été développée de nouveau à la fin des années 1980 par le président François Mitterrand, lequel avait renoncé à un transfert non désiré par la Slovénie et ... un peu encombrant à l'approche du bicentenaire de la Révolution Française.

L'association entend reprendre les démarches sur une longue durée, auprès de toutes les autorités compétentes, en s'entourant de soutiens de tous les horizons (politiques, religieux, culturels...). Après des mois de réflexion et de préparation, le site internet est enfin prêt. Vous y trouverez toutes les informations nécessaires et relatives au projet (ainsi que plusieurs textes historiques). N'hésitez pas à le visiter !


L'association ne réclame pas d'adhérents ou cotisations mais, si le projet vous intéresse, vous pouvez rejoindre la page Facebook officielle pour vous tenir au courant des actualités, participer aux débats, commenter les publications ou proposer votre aide !

jeudi 22 mai 2014

Charles X et l'exil : « Bon voyage Monsieur Dumollet ».

Historique et datation
Cette lithographie anonyme a probablement été réalisée en 1830, dans les semaines qui suivirent l'abdication puis le départ de Charles X pour l'Angleterre. Elle fait partie de l'importante collection du baron Carl de Vinck, léguée à la Bibliothèque Nationale de France.

Description et analyse
Le dessin offre une représentation classique de Charles X dans la caricature libérale de la fin de son règne. Le roi est représenté avec la calotte d'un ecclésiastique, rappelant le récent caractère dévot de l'ancien débauché qu'il était avant la Révolution - les deux principales sources d'attaques et de moqueries à son encontre dès son retour en France en 1814. Son attachement à la religion et à ses principes, son sacre où il fit montre d'une très grande piété, la loi sur le sacrilège et ses liens avec ce qu'on appelait le parti prêtre lui valurent les foudres des caricaturistes qui aimaient aussi à le représenter en évêque. Cette image est inhérente à la quasi totalité des caricatures le concernant.

Probablement datée de juillet ou août 1830, quelques semaines après son abdication et son exil vers l'Angleterre, la lithographie montre un Roi seul, sur le départ, avec le même sourire benêt dont il est souvent affublé dans la caricature (avec ses dents en avant). Cette représentation ajoute à sa supposée bêtise et son caractère propre à subir toutes les situations. Avec son cheval sans allure, on pense à Don Quichotte (il avait déjà été représenté sous les traits du personnage de Cervantès lors de son entrée à Paris en 1814).

Le titre, Bon voyage Mr. Dumollet, fait référence à une chanson populaire issue d'un vaudeville de Désaugiers, Le départ pour Saint-Malo, créé au Théâtre des Variétés en 1809. La chanson fut très vite populaire et l'auteur de la caricature représente Charles X en Monsieur Dumollet, quittant sa ville où il a « souffert mille et mille tourments ». Son abdication, que l'on expliquait encore en 1830 comme le résultat de la colère populaire, peut être considéré comme la réponse au couplet final de la chanson :
« Pour vous plaire, le voilà prêt,
A rétablir ici son domicile,
Faites connaître à Dumollet,
S'il doit rester ou faire son paquet. » 
Accessibilité
Elle est aujourd'hui disponible en consultation à la Bibliothèque Nationale de France (Paris, 75013) et en ligne sur son site internet.

Images





Sources - Bibliographie - Internet
. Marc-Antoine-Madeleine Desaugiers, Le départ pour Saint-Malo..., Paris, Masson, 1809.
Lithographie Bon voyage Mr. Dumollet sur le site de la BNF.
. Une interprétation contemporaine de Bon voyage Monsieur Dumollet (1958)

9 octobre 1757 : naissance de Charles-Philippe, comte d'Artois et fils de France.

1757, « l'année de la Comète¹ ». L'idée était encore couramment répandue à la fin de l'Ancien Régime que ces astres célestes avaient amorcés le Déluge et que leur retour pourrait annoncer de nouvelles catastrophes sur la Terre. Cette année-là ... le roi de Prusse affirmait sa puissance grandissante et le roi Louis XV était la victime d'une tentative d'assassinat.

L'horrible attentat du 5 janvier 1757 (estampe anonyme, n.d., Bnf)


   
1. « Je n'en reviendrai pas ! »

Le 5 janvier 1757, Louis XV se dirige vers son carrosse, pour quitter Versailles, lorsqu'un homme se jette sur lui. « On vient de me donner un coup de poing » s'exclame le roi qui porte la main à sa douleur et la découvre ensanglantée. La garde se précipite pour arrêter cet homme qui ne s'est pas découvert devant le roi. On remonte difficilement le souverain dans une chambre qui n'est pas prête à le recevoir avant qu'il ne perde connaissance. Dans les heures qui suivent, la rumeur se propage dans Paris : on a poignardé le roi !

Heureusement, la blessure n'est que superficielle et la vie du monarque n'est pas en danger. Il n'en reste pas moins que Louis XV reste prostré dans son lit, psychologiquement abattu, arguant que sa douleur est bien plus profonde que l'on pense « car elle va jusqu'au cœur² ». Mais qui est donc ce François-Robert Damiens qui a attenté à la vie du roi ? Né en Artois quelques mois avant la mort de Louis XIV en 1715, il est un personnage à la vie tumultueuse, régulièrement engagé comme domestique chez des parlementaires parisiens qui vitupèrent contre Louis XV. Influençable, il se serait convaincu de ces dires et de la nécessite de punir le roi. Condamné à mort, il est exécuté publiquement dans d’atroces souffrances ; sa famille vouée à l'exil et à l'oubli. Sa vie et le célèbre attentat dont il se rendit coupable sont encore régulièrement l'objets de débats et de thèses pour les historiens³.

Toujours est-il que le pays d'Artois, vieille province dans le nord du royaume, se trouve être affublé du souvenir d'un régicide. Alors des représentants réunis envoient à Louis XV une délégation chargée de lui présenter des excuses en lui proposant de payer, pour l'année en cours, le double de ce que l'Artois doit fournir « en argent et en hommes pour le service de la Couronne⁴ » - bien que la chose soit difficile au regard des récoltes de l'année précédente. Le roi refuse ce sacrifice et assure les représentants d'Artois de son absence de rancune à leur égard.

2. « Le trône paraît bien assuré dans la maison royale. »

     2.1 Charles, le prédestiné ?

Le Dauphin a déjà trois fils - Louis Joseph (né en 1751), Louis Auguste (né en 1754, futur Louis XVI) et Louis Stanislas (né en 1755, futur Louis XVIII) - quand il apprend que son épouse est à nouveau enceinte. Une anecdote plaisante nous est rapportée par Beffroy de Reigny concernant les jours qui précédèrent la naissance de l'enfant :
« J'ai raconté quelque part, si j'ai bonne mémoire, qu'un diseur de bonne aventure, passant par le château où se trouvait Louis XV, lui prédit qu'un de ses fils serait détrôné, et le royaume en combustion ; mais qu'un autre de sa famille, nommé Charles, remettrait les choses dans l'ordre. Louis XV eu la faiblesse de se frapper l'imagination de cet horoscope ; et il est certain que le comte d'Artois, dont la Dauphine était alors enceinte, n'eut Charles pour premier prénom à son baptême, qu'à cause de cette fantaisie du Roi qui avait l'esprit frappé ; car on lui eût donné d'abord, sans cela, le nom de Louis, comme aux autres⁵. »
Consignée pendant la Révolution Française, cette légende fut abondamment reprise en 1825 par les nombreux biographes de Charles X, toutefois prudents sur une information dont ils laissaient le soin aux lecteurs de l'interpréter, comme en témoigne le mot d'Abel Hugo (qui précise en couverture que son ouvrage est de « bonne foy ») :
« Quoiqu'il en soit de cette espèce de prédiction, nous avons pensé qu'elle pourrait intéresser nos lecteurs, aujourd'hui que nous sommes si près de la voir se réaliser⁶. »
Charles, s'il n'était pas le plus courant, était un prénom princier régulièrement attribué à un Fils de France : le Grand Dauphin, fils de Louis XIV, prénomma ainsi un de ses fils en 1686.

Acte de naissance du comte d'Artois, 9 octobre 1757 (Registres de baptêmes de l'église Notre-Dame de Versailles)





   
     2.2 Charles-Philippe, comte d'Artois.

Le 9 octobre 1757, jour de la saint Denis, la Dauphine ressent les premières douleurs de l'accouchement. Barbier, le chroniqueur du règne de Louis XV, nous apprend qu'on a sonné les cloches à Notre-Dame pour les prières des quarante heures avant d'apprendre, peu après, la naissance heureuse d'un garçon au château de Versailles. Selon la tradition, l'enfant est ondoyé par le premier aumônier du roi, l'abbé Nicolas de Bouillé, et le curé de la paroisse Notre-Dame de Versailles consigne dans son registre la naissance d'un prince. Le soir, des coups de canon à Paris et aux Invalides sont tirés en son honneur.

Ses frères aînés sont respectivement ducs de Bourgogne et de Berry ; Louis-Stanislas comte de Provence. Charles-Philippe est titré comte d'Artois par Louis XV, probablement pour assurer les habitants du pays d'origine du criminel Damiens qu'il ne leur tient aucune rancune. Cette hypothèse est soulignée par plusieurs chroniqueurs d'époque, dont Barbier, qui écrit :
« Le hasard peut avoir eu part à ce nom, mais aussi la politique, pour consoler cette province d'avoir donné naissance au monstre Damiens et l'assurer par là de la protection du souverain⁷. »
La marquise de Crécy avance les mêmes arguments, majoritairement repris aujourd'hui par les historiens. Quelques jours plus tard, des représentants d'Artois se rendent auprès de Louis XV pour le remercier de l'honneur qui est fait à leur province. Le dimanche 23, un Te Deum est joué à Notre-Dame pour le nouveau prince.

Avec ce quatrième petit-fils de France né à l'orée des années noires du règne de Louis XV, l'avenir de la dynastie paraît bien assuré. Barbier, quasi visionnaire, termine son récit de l'accouchement par deux observations qui prennent, rétrospectivement, tout leur sens :
« On peut dire, à présent, que le trône paraît bien assuré dans la maison royale. Mais il faut dire aussi que ce nombre de quatre princes vivants sera une grande dépense pour l'Etat pour le présent, et encore plus pour l'avenir⁷. »
Représentation de la naissance du comte d'Artois (estampe anonyme, n.d., Bnf)


   
- Bibliographie non exhaustive -

Ouvrages
. Michel Antoine, Louis XV, Paris, Fayard, 2006.
. Georges Bordonove, Charles X (1824-1830), Paris, Pygmalion, 2008.

Sources
. Edmond-Jean-François Barbier, Journal historique et anecdotique du règne de Louis XV. Tome 4, Paris, Renouard, 1847-1856.

Documents
Bibliothèque Nationale de France.
Archives départementales des Yvelines.

- Références -

¹ Antoine 2006 p. 721-722.
² Antoine 2006 p. 714.
³ Voir notamment le roman historique de Marion Sigaut, Mourir à l'ombre des Lumières, l'énigme Damiens, Paris, Ed. Jacqueline Chambon, 2010.
Marquise de Crécy, Souvenirs de la marquise de Crécy. Tome 4, Paris, Garnier frères, 1873, p. 43.
Louis Abel Beffroy de Reigny, Dictionnaire néologique des hommes et des choses, Paris, Libraire Moutardier, An VIII.
Abel Hugo, Vie anecdotique de Monsieur, comte d'Artois, aujourd'hui S. M. Charles X..., Paris, J.-M. Maurice, 1824, p. 199.
Barbier 1487-1856, p. 241.

lundi 19 mai 2014

« La famille royale » (estampe, 1816)

Historique et datation
Cette estampe anonyme est datée de 1816, soit la deuxième année de la Seconde Restauration (1815-1830). Publiée chez l'éditeur parisien Gautier (quai des augustins), elle fait partie de l'importante collection du baron Carl de Vinck, léguée à la Bibliothèque Nationale de France.

Description et analyse
Elle met en scène, de gauche à droite : Monsieur, le comte d'Artois ; le roi de France Louis XVIII ; Marie-Caroline, duchesse de Berry (épouse du duc de Berry) ; Marie-Thérèse, duchesse d'Angoulême (épouse du duc d'Angoulême et fille de Louis XVI), le duc d'Angoulême (premier fils du comte d'Artois) et le duc de Berry (second fils du comte d'Artois).

Cette estampe de 1816 est l'une des nombreuses représentations de la famille royale des débuts de la Restauration. Récemment revenue au pouvoir après la chute de Napoléon Ier, grâce aux manœuvres politiques de Talleyrand et à la bonne volonté des souverains européens désireux de paix, elle doit rappeler à la population qu'elle doit surtout son retour à la légitimité de son nom. Elle veut montrer l'image d'une famille heureuse, fière, qui impose une autorité (l'imposante assise de Louis XVIII) légitimée (le buste d'Henri IV).

Plus encore, l'idée principale est ici la continuité. Avec le comte d'Artois d'abord, Monsieur frère du roi (depuis la mort de Louis XVII en 1795) et appelé à régner à la mort de Louis XVIII sans descendance. Le futur Charles X est accompagné de ses deux fils, eux même représentants de la succession dynastique. La duchesse d'Angoulême, si ce n'est pas notifié dans la légende, est la fille de Louis XVI et rappelle par sa présence le douloureux souvenir du roi martyr.

Enfin, l'estampe montre par le détail - non anodin - la volonté politique de la famille royale de se légitimer par l'Histoire. Le buste d'Henri IV, souverain revisité et mythifié sous la Restauration, apparaît comme la « figure tutélaire de la royauté bourbonienne¹ », présente dans toutes les manifestations d'ampleur de la famille royale. Les années qui succèdent à l'empire réinventent le siècle du « bon roi Henri » en idéalisant un règne d'union et de bonheur nationaux que retrouveraient, après la période révolutionnaire, ses descendants directs. Cette image prosélytique et idéalisée du fondateur de la dynastie a perduré jusqu'à nos jours.

Accessibilité
Elle est aujourd'hui disponible en consultation à la Bibliothèque Nationale de France (à Paris, 75013) et en ligne sur son site internet.

Images







Sources - Bibliographie - Internet
. Corinne et Eric Perrin-Saminadayar (dir.), Imaginaire et représentations des entrées royales au XIXe siècle : une sémiologie du pouvoir politique, Saint-Etienne, PUSE, 2006.
. Estampe La Famille Royale sur le site de la BNF.

Références
¹ Perrin-Saminadayar 2006, p. 20.

dimanche 18 mai 2014

« Un français de plus » : l'entrée triomphale du comte d'Artois à Paris, le 12 avril 1814.

Mars 1814 : la coalition des grandes puissances européennes chasse, pour un temps, l'empereur Napoléon Ier de la capitale française. L'empire conquérant vit ses derniers mois, la restauration des Bourbons dans leur légitimité n'est qu'une question de jours. Le premier d'entre eux à revenir dans la ville de ses ancêtres n'est pas le roi mais son frère, Monsieur, comte d'Artois, premier émigré de 1789. Son accueil triomphal, tel qu'il a souvent été décrit, contraste avec la popularité d'un homme qui quelques jours plus tôt était parfaitement inconnu des français et méprisé par les puissances alliées.



1. Les Bourbons sur tous les fronts.

La France napoléonienne est envahie par les armées coalisées de la Russie, de l'Autriche, de la Prusse et du Royaume-Uni le 1er janvier 1814. La paix en Europe, avec ou sans Napoléon, est leur principale intention et rien ne laisse imaginer, à ce moment, un quelconque retour de l'ancienne dynastie royale sur le trône¹. Les Bourbons savent que leur salut ne peut venir que de la France et sont, du reste, très lucides sur le peu d'attention qui leur est portée à l'étranger. Louis XVIII obtient pourtant des anglais que son frère et ses neveux reviennent en France pour faire « reconnaître le nom des Bourbons² ». A Bordeaux, hostile à l'empereur, les fidèles royalistes se rendent maîtres de la ville, grâce à l'organisation secrète des Chevaliers de la Foi, et réclament le retour du roi. Quelques jours plus tard, le maire de Lyon se déclare lui aussi en faveur d'une restauration royale et fait flotter le drapeau blanc sur sa mairie. 

A Paris, la situation est plus compliquée et Talleyrand, qui fait encore partie du Conseil de Régence, n'entend pas laisser les royalistes s'emparer du pouvoir comme à Lyon ou Bordeaux. Les armées alliées investissent la capitale le 30 mars ; le lendemain, la capitulation des dernières forces de résistance est signée. Le tsar de Russie fait lire une proclamation aux parisiens, arguant que les « souverains alliés cherchent de bonne foi une autorité salutaire en France qui puisse cimenter l'union de toutes les nations et tous les gouvernements avec elle. C'est à la ville de Paris qu'il appartient dans les circonstances actuelles d’accélérer la paix du monde³ ». Talleyrand, qui héberge le tsar Alexandre à son domicile, manœuvre pour lui faire accepter l'idée d'une restauration des Bourbons, à laquelle le souverain est hostile. Il entend aussi manipuler le Sénat pour lui faire accepter l'idée d'une déchéance de Napoléon, constitue un Gouvernement Provisoire et lui fait accepter en hâte un projet de charte constitutionnelle proche de celle de 1791. 

Le comte d'Artois et ses deux fils, les ducs de Berry et d'Angoulême, se sont, pour ainsi dire, partagé leur mission de réimposer l'image de la famille royale en France en débarquant en plusieurs endroits différents : Berry en Normandie et Angoulême suivant les avancées anglaises jusqu'à Bordeaux. Artois débarque quant à lui près de La Haye le 27 janvier où il fait diffuser à qui veut l'entendre, en sa qualité de lieutenant-général du royaume, que la monarchie rétablie doit servir à assurer la paix. Hélas pour lui, les français ne le connaissent pas - tout juste se souviennent-ils des Bourbons. A Vesoul, les autrichiens l'ignorent, par suspicion, mais il est gagné par les frères de Polignac et quelques aristocrates impatients de former sa cour et de l'informer sur un pays qu'il n'a plus revu depuis des années. A Nancy, l'accueil est le même et les autrichiens commencent par lui demander son passeport ! Suivant les armées alliées, ses fils remportent plus de succès que lui, grâce à l'infiltration des organisations royalistes.

2. La route vers Paris.

Avant de quitter Nancy, le comte d'Artois passe en revue une troupe de garnison, russe essentiellement, dans une indifférence totale de la population. Le baron de Vitrolles incarne dans l'épisode du retour vers Paris un pendant provincial de Talleyrand, usant de son influence et de son intelligence politique pour un retour sans heurts des Bourbons dans la capitale. Il rencontre Metternich et tente de le persuader de cette nécessité, avec plus ou moins de succès. A l'annonce de l'abdication de l'empereur, c'est une explosion de joie commune : après un grand banquet et quelques cocardes blanches pavoisées dans la ville, Vitrolles persuade le comte d'Artois de marcher sur Paris, ce qu'il accepte volontiers, non sans avoir retardé son départ d'une journée pour faire réaliser en hâte plusieurs uniformes de la garde nationale, dont le sien.

Le 9 avril, à Vitry-le-François, l'accueil de la population est encourageant même si Vitrolles lui fait part de ses inquiétudes quant à décisions du sénat : le projet de monarchie restaurée serait constitutionnel et appelé des vœux du peuple, non de Dieu. Qu'importe, l'essentiel à ce moment est d'occuper le terrain. La route se poursuit vers Châlons où le préfet partage un repas avec le prince. A Meaux, l'accueil est toujours très froid, les autorités refusant de paraître avec le frère du roi. Dans les campagnes qu'il traverse, le lieutenant-général du royaume est un parfait inconnu et, si on ne regrette pas Napoléon, on ne s'enthousiasme pas non plus pour le retour de l'ancienne dynastie.

Dernière étape avant Paris, Livry offre à Monsieur le plaisir de réelles manifestations de sympathie à son endroit. Accueilli dans le château de la comtesse de Damas, il est rejoint par une multitude de fervents royalistes de tous bords, vieux aristocrates nostalgiques de l'Ancien Régime ou opportunistes avides de marcher dans le sens du vent. Le comte d'Artois, sollicité de toutes parts, accroche des rubans blancs aux boutonnières de ses partisans (la Décoration du lys, crée peu après, prendrait ici son origine), entend chanter Vive Henri IV à sa fenêtre et regarde se former une garde de près de 700 volontaires. Il ignore qu'à Paris, Talleyrand manœuvre pour paraître le sauveur de la monarchie. Peu importe, Monsieur « se croit populaire⁴ ».

"Soyez tranquilles, j'arrive ...", le nouveau Don Quichotte (estampe anonyme, 1814, Bnf)



   
3. L'entrée à Paris, un triomphe ?

     3.1 « Un français de plus ».

L'arrivée du frère du roi est, à Paris, la source de nombreux problèmes pour le gouvernement provisoire chargé de son organisation : il n'y a presque plus de chevaux dans les écuries ; seule reste la garde nationale et il faut trouver un cheval digne de ce nom pour le prince. Le 12 avril au matin, toutes les autorités de la ville se réunissent aux Tuileries avant de rejoindre le comte d'Artois, qui s'apprête à franchir la barrière de Bondy, en uniforme de colonel de la garde nationale. Talleyrand, lorsqu'il s'avance vers lui, lui présente quelques vœux au nom du gouvernement :
« Le bonheur que nous éprouvons en ce jour de régénération est au-delà de toute expression, si Monsieur reçoit avec toute la bonté céleste qui caractérise son auguste maison, l'hommage de notre religieux attendrissement et de notre dévouement respectueux⁵. »
On retrouve dans plusieurs sources d'époque les quelques mots prononcés par Monsieur en réponse à ce message du prince de Bénévent :
« J'éprouve une émotion qui m'empêche d'exprimer tout ce que je ressens. Plus de divisions : la paix et la France. Je la revois enfin et rien n'y est changé, si ce n'est qu'il s'y trouve un français de plus !⁵ »
Le mot est resté célèbre tout au long de la Restauration, jusqu'aux derniers jour du règne de Charles X. Pourtant, il semblerait qu'il n'en est pas l'auteur. Pressé de poursuivre son chemin et probablement ému, le prince n'aurait répondu à l'éloge de Talleyrand qu'un « Je suis trop heureux. Marchons, marchons. Je suis trop heureux » bien pauvre en verbe et peu enclin à laisser une postérité historique. Le soir même, c'est Jacques-Claude Beugnot lui-même, membre du gouvernement provisoire, qui aurait rédigé une réponse plus appropriée pour Le Moniteur⁶. Approuvée par Talleyrand, la formule participa à la gloire du prince, premier à reprendre et commenter cette phrase qu'on lui avait accordé.

     3.2 De Saint-Denis à Notre-Dame.

Avant de reprendre la route, le baron de Chabrol adresse quelques nouveaux vœux au comte d'Artois :
« [...] Votre altesse royale agréera les vœux de tout un peuple qui va se presser sur ses pas ; elle s'attendrira en reconnaissant ces lieux pleins du souvenir de ses augustes aïeux, et qui lui furent toujours si cher ; elle entendra retentir partout des acclamations ; elle verra l'espérance renaître dans les cœurs, et le bonheur de la patrie la consolera de ses longues souffrances⁷. »
Le cortège se met en marche pour de bon et entre dans Paris par la porte de Saint-Denis. Le temps est clément et tous les témoignages de l'époque soulignent combien l'accueil est chaleureux lors de l'entrée du prince dans la ville de ses ancêtres. Il s'arrête entendre des musiques ou des psaumes que l'on chante sur son passage, écoute avec bonheur les cris des Vive Monsieur ! Vive le Roi ! Vive les Bourbons ! qui résonnent lorsqu'il traverse les rues. Sur son cheval blanc, il a encore l'allure d'un prince-chevalier d'un autre temps, arborant sa plaque de l'ordre de Saint-Louis et sa Toison d'or. Toute l’ambiguïté de la personnalité du futur Charles X, voire de ce qu'il représente, transparaît déjà lors de son retour en France et les historiens, selon qu'ils succombent ou non à une quelconque sympathie pour ce personnage, en analysent la portée différemment : pour Bordonove, Artois « portait si bien l'uniforme bleu aux broderies et aux épaulettes d'argent » quand Cabanis décrit « un uniforme de la garde nationale, dont il n'avait jamais fait partie, avec des épaulettes de général, qu'il n'était pas, et des décorations d'avant la Révolution, que tout le monde avait oubliées⁸ ». Si les raisons des manifestations d'allégresse réelles de la population sont à chercher ailleurs, l'attitude du prince semble à la fois structurelle - il est encore un homme de l'Ancien Régime, né dans le Versailles de Louis XV et élevé dans l'obligation de l'apparat - et conjoncturelle - il revient dans un pays qu'il n'a plus vu depuis 25 ans et sort d'un exil en vase-clos, replié sur l'illusion de cour et les principes immuables, pourtant responsables en partie de la Révolution qui les a chassé. Aurait-il pu agir autrement dans ces circonstances ?

L'avancée vers Notre-Dame est lente, le prince est débordé par la liesse populaire, mais il y parvient vers trois heures de l'après-midi. La cathédrale n'a pas eu le temps d'être décorée pour l'occasion. Qu'importe puisque Monsieur est trop heureux d'être là, au milieu de l'aristocratie et du Clergé, à « rendre grâce » à celui qui a « mis un terme aux souffrances des français » par « sa miséricorde ». Des officiers étrangers prennent également place dans la nef, union des pays d'Europe traduite dans la presse bienveillante de l'époque comme un fort symbole de paix. Après un Te Deum, Monsieur reprend son cheval et arrive aux Tuileries en fin de journée, assouvi des manifestations de sympathie à son égard.

Heureux de cette journée, il paraît au balcon du palais où la population lui offre à nouveau les signes de sa joie sincère. Les Tuileries sont encore ornées des abeilles impériales mais le souvenir napoléonien semble loin à cette cohue de fonctionnaires, de maréchaux et de courtisans qui entourent le frère du roi. Dernier symbole, et non des moindres, on fait hisser le drapeau blanc, qui n'avait plus flotter sur Paris depuis près d'un demi-siècle. Le soir-même, à Fontainebleau, Napoléon tente de mettre fin à ses jours.

Arrivée de Monsieur, comte d'Artois, à Notre-Dame (estampe de Martinet, 1815, Bnf)



   
     3.3 Les raisons d'une allégresse populaire.

L'entrée du comte d'Artois a-t-elle été réellement un triomphe ? Les témoignages ne vont que dans un seul sens mais il s'agit de témoins directs de l'événement. On sait donc que les rues traversées par le prince furent à sa gloire et on ne compte pas un seul débordement négatif. Aux fenêtres, des dizaines de drapeaux blancs improvisés et de cocardes royales accompagnèrent le cortège avec chaleur. Le fait semble acquis.

Qu'en est-il des parisiens, dans leur ensemble ? Les Bourbons étaient oubliés et la gloire de Napoléon avait parfaitement effacé leur souvenir, d'autant plus pour la nouvelle génération. Rares étaient ceux, même parmi les plus infiltrés dans les réseaux du pouvoir, à connaître l'existence même des frères de Louis XVI, qui n'évoquaient un lointain souvenir qu'à de vieux nostalgiques ou serviteurs de l'Ancien Régime. Les noms de Louis XVIII et d'Artois étaient inconnus. Vitrolles, fidèle royaliste, nous livre un témoignage accablant : à Châlons-sur-Marne, lorsqu'il arrange la foule pour la paix, il prononce le nom des Bourbons ... « quelle impression fit ce dernier mot : silence, étonnement, stupéfaction⁹ ».

Lorsqu'il arriva à Paris, le comte d'Artois fut acclamé à son passage. Pourtant, des témoignages nous précisent que la liesse populaire était concentrée à quelques endroits, loin d'être une manifestation générale. Cabanis cite même un rapport de police du 14 avril 1814 précisant que les populations des faubourgs n'avaient pas pris une grande part aux événements. Comment comprendre l'allégresse décrite dans ce cas ? Il faudrait probablement y voir le résultat de la propagande royaliste qui précéda l'entrée parisienne : des tracts et proclamations affichées dans Paris promettaient le retour à la paix, la fin des droits réunis, des conscriptions, une nouvelle constitution ... Une partie de la population exprima, peut-être avec opportunisme, sa volonté de croire dans ce retour de l'ancienne dynastie ; l'autre partie feignit l'indifférence. De même, la garde nationale ne fut pas entièrement dévouée à son chef d'un jour. Le gouvernement provisoire lui imposa de porter la cocarde blanche, en signe de ralliement aux Bourbons, ce que refusa de faire Odiot, qui fut limogé10. Le reste de la garde accepta néanmoins et escorta le prince jusqu'aux Tuileries.

4. Postérité.

Plus qu'une véritable entrée triomphale, le retour à Paris du comte d'Artois représente l'espoir populaire d'un retour à la paix. Il y a fort à parier que tout autre individu, de la même importance familiale que le frère de Louis XVIII, aurait reçu un tel accueil, lequel fut peut-être accentué toutefois par l'allure chevaleresque et l'affabilité du prince.

L'événement fut largement commenté, figure dans nombre de mémoires d'époque et participa à la notoriété du comte d'Artois - d'autant plus que l'entrée de Louis XVIII, quelques jours plus tard, fut beaucoup plus froide. Pour autant qu'il soit artificiel, le mot historique qu'on lui prêta en réponse à Talleyrand fut un temps très populaire. En 1830, il fut toutefois réemployé dans une caricature à charge avec pour titre : « 1814 : un français de plus. 1830 : quatre mille français de moins ».

- Bibliographie (non exhaustive) -

Ouvrages
. Georges Bordonove, Charles X (1824-1830), Paris, Pygmalion, 2008.
. José Cabanis, Charles X : roi ultra, Paris, Gallimard, 1972.
. Francis Démier, La France de la Restauration (1814-1830) : l'impossible retour au passé, Paris, Folio Histoire, 2012.

Sources
. Anonyme, Description des cérémonies, fêtes, entrées solennelles et honneurs rendus à Louis XVIII, en Angleterre et en France, Paris, F. Schoell, 1814.
. Jacques-Claude Beugnot, Les premiers temps de la Restauration, Paris, Revue contemporaine, 1854.
. Monsieur de R..., Souvenirs d'un officier royaliste. Tome troisième, Paris, A. Egron, 1824-1829.
. J.-A. de Révéroni Saint-Cyr, L'Officier russe à Paris, Paris, Barba, 1814.

Documents
Bibliothèque Nationale de France (libres de droits)

- Références -

¹ Démier 2012, p. 28.
² Démier 2012, p. 39.
³ Démier 2012, p. 45.
⁴ Bordonove 2008, p.
Description des cérémonies, fêtes, entrées solennelles et honneurs rendus à Louis XVIII, en Angleterre et en France, Paris, F. Schoell, 1814, p. 111-112.
⁶ Jacques-Claude Beugnot, Les premiers temps de la Restauration, Paris, Revue contemporaine, 1854, p. 18.
Description des cérémonies, fêtes, entrées solennelles et honneurs rendus à Louis XVIII, en Angleterre et en France, Paris, F. Schoell, 1814, p. 111-113.
⁸ Cabanis 1972, p. 13.
⁹ Cabanis 1972, p. 18.
10 Charles Comte, Histoire de la garde nationale de Paris, Paris, A. Sautelet, 1827, p. 420.

Le comte d'Artois dans "Les Adieux à la Reine" (2012)

Le film de Benoît Jacquot Les Adieux à la Reine (2012) offre une courte représentation des trois frères et derniers Rois de France : Xavier Beauvois en Louis XVI, Grégory Gadebois en comte de Provence (futur Louis XVIII) et Francis Leplay en comte d'Artois (futur Charles X). Ce dernier est peu présent (il paraît plus âgé que Provence !) et son seul éclat est d'implorer à genoux le départ de son frère souverain. Du reste, le film est plutôt réussi.




Personnage de deuxième voire troisième rang dans le film, difficile de se faire une opinion sur cette incarnation cinématographique du comte d'Artois, si ce n'est que la ressemblance physique est très lointaine. Il faut reconnaître, par ailleurs, que le visage de ce personnage historique n'est probablement pas connu de la majorité des spectateurs.

Fiche technique
Titre original : Les adieux à la Reine
Date de sortie : 15 mars 2012
Réalisateur : Benoit Jacquot
Scénariste : Benoit Jacquot et Gilles Taurand, d'après l'oeuvre de Chantal Thomas
Producteur : Jean-Pierre Guérin
DVD : septembre 2012, Ad Vitam

samedi 17 mai 2014

Buste de Charles X (Musée des Invalides)

Historique et datation
Ce buste est signé Louis-Stanislas Raviro et a probablement été réalisé d'après un original de François-Joseph Bosio présenté au salon de 1824. Il est sans doute daté de 1824 ou 1825.

Description et analyse
Ce buste, réalisé en bronze, présente la particularité de montrer le nouveau souverain avec le collier de l'Ordre de la Toison d'Or - ordre de chevalerie fondé au XVe siècle par Philippe III de Bourgogne dit le Bon et dissous en septembre 1813 par l'empereur Napoléon Ier. Plus classiquement, il arbore également la plaque de l'Ordre du Saint-Esprit - fondé par Henri III en 1578 et dissous en 1791.

Ces décorations datent de l'Ancien Régime et montrent un souverain qui assurent la pérennité d'ordres anciens dont il avait été décoré, de par son statut de fils de France, avant la Révolution Française - en 1761 en ce qui concerne la Toison d'Or, par le Roi Charles III d'Espagne, en même temps que son frère, le duc de Berry (futur Louis XVI). L'Ordre du Saint-Esprit fut rétabli avec Louis XVIII dès 1814 et une grande cérémonie de décorations fut organisée lors des journées du sacre de Charles X à Reims en 1825.

Cette importance des ordres d'Ancien Régime montre une volonté politique de Charles X d'incarner la continuité des représentations symboliques de la monarchie, perdues lors de la Révolution et de l'Empire. Pour autant, la cérémonie de décorations de 1825 montre une autre volonté plus conjoncturelle de nommer chevaliers commandeurs des hommes qui avaient servis l'Empire avec zèle (dont l'opportuniste maréchal Soult).

Accessibilité
Le buste est aujourd'hui visible au Musée de l'armée des Invalides à Paris (75007) dans la salle n°38 consacrée à la Seconde Restauration, dans le département De Louis XIV à Napoléon III.

Photographies


Sources - Bibliographie - Internet

jeudi 20 décembre 2012